S. Royal : toujours un temps d'avance ?

Publié le par tutti 49

Vendredi 10 juin 2011 5 10 /06 /Juin /2011 09:31

 

 

Ségolène Royal

 

 

 

 

Celle que nombre de personnes continuent à juger opportuniste a pourtant de la suite dans les idées. Ségolène Royal, dont les propositions semblent faire leur chemin au sein de la classe politique, et plus particulièrement au sein de la famille socialiste qui est la sienne, a toujours eu, sur bon nombre de thématiques, un temps d’avance. On comprend mieux cet état de fait lorsque l’on analyse l’aspect visionnaire de nombre de prises de position et d’actions de la responsable politique, et la façon dont ses propositions ont infusé progressivement avant d’être reprises par d’autres, voire mises en œuvre.

Premier exemple, car il est d’actualité : l’encadrement militaire des jeunes délinquants, autrefois décrié, aujourd’hui préconisé par le rapport d’Éric Ciotti. L’expérimentation de cette alternative à la prison, que Ségolène Royal et Maxime Bono souhaitaient mener au sein du régiment de La Rochelle (appelé à disparaître), avait même été refusée par Hervé Morin, alors ministre de la Défense. Son successeur aura-t-il la lucidité de revenir sur cette décision ? En savoir plus sur l’encadrement militaire des jeunes délinquants préconisé par Ségolène Royal.

Deuxième exemple, qui a également connu un rebondissement récent : le pass contraception, dont la distribution par les infirmières scolaires en Poitou-Charentes avait été vigoureusement refusée par Luc Châtel, ministre de l’Éducation nationale. C’est pourtant ce même Luc Châtel qui vient d’autoriser le dispositif en Ile-de-France, plus d’un an après l‘initiative de Ségolène Royal dans sa Région. Aujourd’hui, le pass contraception fait des émules, puisqu’il est en cours de mise en place dans plusieurs régions, par exemple en Rhône-Alpes.

Troisième exemple : la réhabilitation du troisième pilier du socle républicain, la fraternité. Cette reprise du troisième terme de la devise républicaine par Ségolène Royal, notamment lors de ses fêtes de la fraternité, avait fait l’objet d’une avalanche de quolibets et de moqueries. Force est de constater qu’à peine quelques mois après la première fête de la fraternité de 2008, le mot s’était pourtant imposé dans toutes les bouches et sous toutes les plumes. Ainsi en est-il de Régis Debray (Le Moment Fraternité, 2009), qui participa d’ailleurs à une université populaire participative organisée par Ségolène Royal à propos du concept de fraternité. On retrouve d’autre part le terme à de nombreuses reprises dans les discours d’une Martine Aubry, pour ne citer qu’elle.

Quatrième exemple : le concept d’ordre juste. Là aussi, quelle volée de bois vert lorsque Ségolène Royal avança cette notion ! Et pourtant, de la même façon, la classe politique s’est par la suite réapproprié ce concept pertinent (bien souvent sans en comprendre le sens profond), à gauche (le « il n’y a pas d’ordre sans justice » d’Aubry), comme à droite (Michel Barnier, qui prônait lors des Européennes de 2009, un « ordre juste en Europe »). Sur la question plus spécifique de la lutte contre les violences et de l’insécurité, Ségolène Royal a brisé en 2007 un tabou, permettant au PS d’être aujourd’hui plus au clair sur ces sujets.

Cinquième exemple : la logique du donnant-donnant, que Ségolène Royal revendiquait à tue-tête durant la campagne de 2007. Cette logique est aujourd’hui au cœur du projet des socialistes pour 2012 (« le changement »), notamment par le biais de la conditionnalité des aides aux entreprises (mise en œuvre depuis des années par Ségolène Royal dans sa région), ou encore par la modulation de l’impôt sur les sociétés selon l’utilisation des bénéfices.

On pourrait aisément allonger la liste afin de souligner le côté visionnaire des propos de la responsable socialiste, notamment en évoquant sa prise de position sur la taxe carbone (qui n’a pas variée malgré les mensonges de certains, cf. sa lettre à Nicolas Hulot de janvier 2007), sa conceptualisation de la démocratie participative (qui, si elle n’a pas été « copiée », a bien néanmoins été utilisée par d’autres, et notamment Barack Obama) ou encore sa défense précoce de l’excellence environnementale (et spécifiquement des énergies renouvelables, du véhicule électrique, de l’agriculture de qualité, etc. lorsqu’elle était ministre de l’Environnement en 1992-1993).

Certes, les idées politiques ont la caractéristique de n’appartenir à personne. Néanmoins, incontestablement, Ségolène Royal est investie d’un rôle de défricheuse, alors même qu’on lui nie toute légitimité et toute reconnaissance politique. La modernité de sa vision l’expose, sur le moment, à toutes les critiques dogmatiques ou réactionnaires. Le temps qui passe finira, soyons en sûrs, par lui donner raison.

Pour conclure, faisons appel, c’est toujours utile, à un peu de raison. Est-ce parce qu’elle a toujours un temps d’avance que les prises de position de Ségolène Royal suscitent souvent des cris d’orfraie avant d’être reprises à leur compte par ceux-là mêmes qui les décriaient ?

Cette question en appelle une autre : n’est-il pas temps de prendre conscience qu’il vaut mieux se fier à l’original, plutôt qu’à de pâles et insipides copies ?

Voilà posés les jalons d’une nécessaire réflexion de chacun en vue des primaires citoyennes organisées par le Parti socialiste.

 

 

 

 

Source : Eleuthéries

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