Respecter Ségolène Royal !

Publié le par tutti 49

Dimanche 27 février 2011 - 23:37

A quatre ans de distance, de 2006 à 2010, il nous faut constater avec rage qu’une clique de journalistes tendancieux et sectaires, d’acteurs politiques peu scrupuleux, de politologues et décrypteurs de l’opinion publique aux obscurs desseins s’acharne à discréditer Ségolène Royal. Disons-le tout net : y en a marre ! Et faisons un vœu : pourrait-on respecter un peu Ségolène Royal !

Ce qui est infligé à Ségolène Royal

Comme si elle n’avait pas encore assez subi d’affronts, les alliés objectifs nommés ci-dessus rivalisent d’audaces assassines.
Les uns tournent en ridicule le moindre de ses propos. C’est à qui fera croire qu’elle ne maîtrise pas la langue française – c’est le coup de la « bravitude » - alors que la simple lecture de ses discours à l’Internationale socialiste par exemple suffit à faire comprendre l’étendue de sa culture et la pertinence de ses citations. Ou alors, c’est à qui criera le plus fort à la bourde ou à la dernière gaffe de Ségolène.
D’autres instruisent avec acharnement le procès en incompétence, comme si elle n’avait jamais été dans l’entourage de Mitterrand, ministre au gouvernement, et comme si les électeurs du Poitou-Charentes qui viennent de la réélire si brillamment à la tête de la Région étaient des imbéciles.
La plupart de ses opposants, hommes et femmes confondus, ne supportent pas qu’elle ait été et soit encore la première femme politique à avoir assumé l’honneur de la course présidentielle du second tour, avec le plus beau score en nombre de voix que la gauche ait jamais réussi. Machisme et jalousie féroce nourrissent ce comportement de rejet viscéral qui vient de conduire une entreprise de sondages à la positionner en personnalité politique la plus détestée des Français. Sans nul doute, c’est la première fois que l’on voit pareille audace.
Dernière trouvaille en date : la traiter par le silence et l’omission. On joue ainsi à supputer les chances de Martine Aubry ou Dominique Strauss-Kahn face à Sarkozy en faisant comme si celles de Ségolène Royal n’existaient pas. Certaines entreprises de sondages, de mèche ou non, et certains journalistes attitrés des chaînes de télévision s’illustrent dans ce type de sport.
Par l’hypercritique, les procès d’intention, les attaques grossières et les silences complices, cette furie mortifère sévit encore contre Ségolène Royal avec un certain entêtement.

Ce qui est refusé à Ségolène Royal

Ce qui est refusé à Ségolène Royal, c’est d’abord le charisme qui la caractérise et fait d’elle un authentique leader, avec ses qualités et ses défauts, la force de conviction et la capacité d’entraînement d’un côté, la résistance ou fermeté de caractère de l’autre. Or, la gauche française, toujours gênée aux entournures parce qu’elle redoute en tout leader le culte de la personnalité, n’a pas encore vraiment accepté de s’en remettre à un leader. Le PS actuel confie à ses militants la confection de son projet hors de tout leader, et la seule stratégie qu’il a trouvée pour l’avenir pour désigner ce leader est de passer par des Primaires qui déposent cette responsabilité du choix entre les mains du peuple de gauche. Pour l’heure donc, et même si les procédures évoquées ont des qualités démocratiques évidentes, le leader reste depuis 2002 entre parenthèses au PS.
Ce qui est encore refusé à Ségolène Royal est sa personnalité hors normes, avec ce qu’il faut de respect du parti assorti d’une capacité de dissidence, originalité et invention. Mitterrand fut l’exemple avant elle de cet alliage subtil, mais nul n’a oublié qu’il ne venait pas à l’origine du PS. Jospin rassura davantage les militants socialistes et l’appareil dont il avait gravi tous les échelons, mais ce fut en taisant ses penchants trotskystes. Or, Ségolène Royal est originellement de la maison PS, mais elle n’a jamais su cacher l’aversion qu’elle a pour les querelles au sein de l’appareil. Ces jeux délétères ont produit tant de zizanies au sein de la ménagerie des éléphants qu’il fallait bien de la personnalité pour ne jamais y céder !
Ce qui est fondamentalement refusé à Ségolène Royal est la cohérence et le côté visionnaire de son projet socialiste. Avec la force de sa conviction et la capacité d’ouverture de ses affinités électives, Ségolène Royal a compris bien avant d’autres que le socialisme devait se régénérer en intégrant l’écologie ; qu’il devait assumer l’héritage historique de la gauche où se trouvent les valeurs de la Nation, de la République du respect et de la démocratie participative, de l’ordre juste de l’Etat ; qu’il fallait lever le tabou de gauche sur les questions de sécurité ; qu’il y avait du bon dans les revendications altermondialistes ; qu’un penseur comme Edgar Morin ouvrait la voie de l’avenir avec son idée de la métamorphose. Il y a tant de nouveauté dans ces affirmations de Ségolène Royal qu’il n’est pas toujours loisible aux esprits futiles d’en rendre compte avec l’honnêteté qu’on attendrait. Pour les autres responsables socialistes, cela n’est pas assez dans la ligne collective. Pour les journalistes politiques, cela réclame trop d’efforts d’information et de lectures nouvelles.
Ce qui est donc finalement refusé à Ségolène Royal est la reconnaissance au titre de candidate légitime, de femme debout pleinement maîtresse de sa parole, de personnalité respectable et de dirigeante compétente. Et ce déni de reconnaissance est formulé en des formes de grossièreté qui ne font pas honneur parfois au débat démocratique actuel.
Bien sûr, Ségolène Royal est critiquable comme tout dirigeant politique et il ne saurait être question de ne permettre à son endroit que l’idolâtrie servile. Certains de ses partisans ne savent d’ailleurs pas s’éloigner de cette fascination fusionnelle, et il en va de même en politique pour bien d’autres candidats. Il faut donc réclamer que les Français se saisissent avec rigueur des propositions de Ségolène Royal, les questionnent, les approfondissent ou les nuancent, voire en rejettent certaines si elles ne leur paraissent pas pertinentes. Mais que certains de ceux qui occupent confortablement les médias et l’espace public cessent de jouer avec la dignité du débat démocratique. La confusion des genres télévisuels ne doit pas conduire forcément à traiter les acteurs politiques comme des Guignols de l’info au Petit Journal, en réduisant la politique à des affaires de feuilleton, de petites phrases et de procès d’intention. Et la collusion objective entre gens des médias, politologues et gens des entreprises de sondages ne devrait pas nous porter à croire que tout est permis dans le dénigrement. La critique est indispensable, mais elle ne doit pas disqualifier ceux qui cherchent à changer la vie de leurs concitoyens.

 

 

Par Noël Nel

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