Remerciée, sans explication....

Publié le par tutti 49

Remerciée, oui, mais sans explication, pourquoi ?

LEMONDE | 17.06.11 | 13h44  •  Mis à jour le 17.06.11 | 13h44

 
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Courage, fuyons. Nicolas Sarkozy a tranché. Anne Lauvergeon est remerciée. Elle est remplacée à la tête d'Areva, le groupe nucléaire français, par son numéro deux, Luc Oursel. C'est une décision du président de la République lui-même. Depuis quelques mois, trop conscient de l'importance et des difficultés de la filière, le chef de l'Etat a pris en charge personnellement le dossier nucléaire. Il laisse pourtant, étrangement, le soin à son premier ministre d'annoncer subrepticement la nouvelle à la patronne concernée. Problème d'agenda sans doute. La méthode provoque un malaise.

L'actionnaire, surtout lorsqu'il possède la quasi-totalité du capital de l'entreprise, a certes le droit de ne pas renouveler son PDG. L'Etat possède directement ou indirectement plus de 90 % d'Areva : le chef de l'Etat a la main. Nul ne le conteste. Il peut ne pas écouter les soutiens apportés à Anne Lauvergeon par son comité exécutif, ses salariés ou un groupe de parlementaires de tout bord.

Encore faut-il qu'il justifie sa décision. Et c'est là que le bât blesse. Il y a, pour le moins, dans la procédure qui conduit à l'éviction d'"Atomic Anne" une grande opacité. Nicolas Sarkozy a sans doute ses raisons, mais, alors, que ne les fait-il pas connaître explicitement !

Le bilan d'Anne Lauvergeon à la tête d'un groupe qu'elle a elle-même contribué à modeler au cours de ses onze années de règne est certainement discutable - comme tout bilan. Mais il ne faut pas faire porter à l'ex-sherpa de François Mitterrand tous les chapeaux du monde. Elle n'est pas, loin s'en faut, la seule responsable de l'échec d'Abou Dhabi, où l'équipe de France du nucléaire a raté le contrat du siècle, même si elle est davantage comptable des difficultés de l'EPR finlandais.

Depuis plusieurs années, tout au long de l'incroyable feuilleton autour de l'augmentation de capital puis dans les longs débats autour de la filière nucléaire, l'Etat actionnaire a eu à son égard un comportement absolument calamiteux, regardé avec effarement par les observateurs étrangers - les investisseurs intéressés notamment. On aurait voulu fragiliser l'entreprise et sa direction, on ne s'y serait pas pris autrement.

Si, enfin, c'est vraiment le bilan d'Anne Lauvergeon que le patron du Conseil de politique nucléaire, Nicolas Sarkozy, veut sanctionner, c'est le bilan de toute son équipe, un bilan dont on peut supposer que son numéro deux, Luc Oursel, le promu, est tout aussi redevable. Comprenant mal les raisons, mal expliquées, de cette éviction, on en est naturellement conduit à y voir des règlements de comptes personnels. On sait que les relations personnelles entre Nicolas Sarkozy et Anne Lauvergeon s'étaient beaucoup dégradées, que la nomination d'Henri Proglio à la tête d'EDF avait contribué à les dégrader davantage encore. On ne peut croire que la désignation du patron de l'un des principaux fleurons de l'industrie française tienne à de tels éléments. Il reste que, avec le départ d'Anne Lauvergeon, le petit monde des grands patrons de l'industrie française redevient complètement masculin. Et, là aussi, c'est dommage !

Article paru dans l'édition du 18.06.11

Publié dans Société

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