Présidentielle 2012 : le déni des éditorialistes

Publié le par tutti 49

par Fergus mardi 14 juin 2011

Présidentielle 2012 : le déni des éditorialistes

L’annonce dans les médias, le dimanche 15 mai, de l’arrestation de Dominique Strauss-Kahn pour une agression sexuelle présumée a engendré dans toutes les couches de la société française une réaction de stupéfaction* à la hauteur de la nature des faits évoqués et du statut de DSK, directeur général du FMI et favori de la présidentielle 2012. Ce moment passé, éditorialistes et politologues se sont très vite penchés sur les implications de cette pathétique affaire sur le paysage politique hexagonal. Et ils se sont très largement plantés ! Depuis, malgré les évidences, ces bons apôtres persistent peu ou prou dans l’erreur, drapés dans un déconcertant déni...

Imbus d’eux-mêmes, pénétrés de leur supériorité intellectuelle, il n’a pas fallu 48 heures à ces pontifiants personnages, omniprésents dans les médias, pour pronostiquer un avenir douloureux, voire catastrophique, à un PS décapité par la chute de Dominique Strauss-Kahn. « On ne perd pas impunément son champion, de surcroît exposé à un long feuilleton judiciaire, sans y laisser des plumes, pour ne pas dire toute chance de gagner l’élection présidentielle » ont doctement clamé en substance les Christophe Barbier, Jean-Marie Colombani, Alain Duhamel, Serge July, Pascal Perrineau, Dominique Reynié et autre Yves Thréard, pour ne nommer que ceux-là parmi les plus assidus devant les micros et les caméras.

 Comment ces gens-là, dont c’est le métier et qui font partie de l’élite – il est vrai autoproclamée – de nos analystes politiques, ont-ils pu à ce point se montrer sourds et aveugles au mode de fonctionnement et de pensée de ce que l’on nomme généralement « le peuple de gauche » ? Car il crevait les yeux depuis des semaines à quiconque était à l’écoute de la vox populi que DSK n’était pas un candidat de l’adhésion mais un candidat de la raison, imposé à une majorité d’électeurs de gauche et du centre anti-sarkozyste par le spectre du 21 avril 2002 et le désir concomitant viscéral de se débarrasser du calamiteux locataire de l’Élysée. Malgré les violentes diatribes de Jean-Luc Mélenchon à l’encontre du patron du FMI, des militants du Front de Gauche eux-mêmes en venaient à souhaiter que DSK porte les couleurs du PS pour donner à la gauche la meilleure chance de vaincre en 2012 !

 Strauss-Kahn hors-jeu, il était évident que les sympathisants allaient, ipso facto, se reporter massivement sur les autres postulants du Parti Socialiste, et notamment les têtes d’affiche Martine Aubry et François Hollande. « Impossible ! », se sont récriés nos éditorialistes et politologues, pétris de certitudes, aveuglés par leurs monumentales œillères, et beaucoup trop à l’écoute des potins germanopratins pour entendre les bruits de la rue et les remontées des militants. « Impossible, cette affaire est au contraire du pain béni pour Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen » ont-ils ajouté avec suffisance. Impossible, vraiment ? La suite leur a montré que non. Sondages à l’appui, il est apparu clairement que les duettistes du PS faisaient jeu égal avec les dernières performances de DSK en termes d’intentions de vote, mettant ainsi à bas les théories catastrophistes des médiatiques pythies électorales.  

Il va de soi que nos brillants éditorialistes et nos éminents politologues ont été affectés d’être ainsi pris en défaut – et un tantinet ridiculisés – par des sympathisants de gauche si peu en phase avec ce qu’aurait dû être leur réaction : le désarroi, voire la perte totale de repères. Or, voilà que cette piétaille indocile, non seulement n’a pas été abattue par les évènements new-yorkais, mais s’est montrée a contrario très vite soulagée de la mise à l’écart forcée et définitive de l’homme qu’elle soutenait jusque là par pragmatisme électoral mais dont le profil personnel et l’action à la tête du FMI lui donnaient, à juste titre, des boutons. Strauss-Kahn hors-jeu, les électeurs de gauche ont d’autant plus vite tourné la page qu’ils ont collectivement, et de manière intuitive, compris qu’il ne fallait pas laisser d’espace à la droite, à cette droite cynique dont Le Canard Enchaîné nous apprenait au même moment que des caciques avaient sabré le champagne à l’annonce de l’arrestation de DSK sans se soucier un instant qu’il y avait dans cette affaire une présumée victime de crime sexuel.

 Un instant désarçonnés, nos suffisants hérauts se sont alors répandus dans les médias pour proclamer qu’il n’y avait là qu’un épiphénomène, certes inattendu, voire troublant, mais assurément destiné à faire long feu, le PS étant, foi d’analystes infaillibles, condamné à affronter durant toute l’enquête américaine et jusqu’à l’éventuel procès de Strauss-Kahn, de graves difficultés idéologiques et une remise en cause mortifère de sa stratégie de campagne.

 Possible, mais cela n’en prend pas le chemin, entre une attitude apaisée – au moins en façade – des caciques du Parti Socialiste et des sondages qui continuent d’être très favorables** à Martine Aubry et surtout François Hollande relativement à un Nicolas Sarkozy en très grande difficulté et toujours menacé par Marine Le Pen. Comble de stupéfaction pour nos spécialistes en politologie, voilà que l’on apprend que près de 2000 de nos concitoyens se sont inscrits au PS depuis la chute de DSK, dans un mouvement d’adhésion d’une ampleur comparable, dit-on du côté de la rue de Solferino, à ceux qui suivent les victoires électorales du parti de la rose ! Un phénomène à comparer avec l’irrésistible érosion du nombre des adhérents de l’UMP, et surtout l’inquiétant vieillissement de cette population dont la moyenne d’âge a, du fait des défections, été portée à... 68 ans !

 Lui, c’est lui ; nous, c’est nous !

 Ces constats faits, les éditorialistes et les politologues auront, en définitive, peut-être raison d’avoir pronostiqué de grandes difficultés pour le PS dans les mois à venir. Mais contrairement aux théories qu’ils ont développées, ces difficultés ne seront en aucun cas dues à l’affaire Strauss-Kahn, mais plus probablement à la capacité toujours renouvelée des socialistes à saborder leurs chances de victoire à une présidentielle, soit par une campagne ratée (Jospin 2002), soit par un sabotage en règle de sa championne (Royal 2007). Fort heureusement pour la gauche, rien de tel ne se profile dans l’immédiat et l’on peut raisonnablement penser que le PS a tiré les leçons du passé et saura, comme l'exigent militants et électeurs, serrer les rangs après le coup de tonnerre new-yorkais.

 Quant à Nicolas Sarkozy et la droite UMP, tout aussi déconcertés que nos éditorialistes par les études d’opinion, ils auraient tort de voir dans la chute de Strauss-Kahn un évènement positif susceptible de gripper durablement la machine socialiste et d’entacher définitivement de nullité « le discours moralisateur de la gauche » récemment évoqué par François Fillon. Car, comme le soulignent les militants du PS à propos de DSK : « Lui, c’est lui ; nous, c’est nous ! ». Une prise de position nette et tranchée, relativement à une affaire considérée par tous comme strictement privée. Une prise de position de surcroît confortée de manière on ne peu plus explicite par les sympathisants de gauche, sondage après sondage, depuis près d’un mois. Strauss-Kahn éliminé, le Parti Socialiste retrouve du même coup toute sa capacité à cibler Nicolas Sarkozy sur ses amitiés avec les milliardaires et son comportement bling bling. Gageons que le candidat du PS, qu’il s’agisse de Martine Aubry ou de François Hollande, ne se privera pas d’attaquer le « président des riches » sur sa politique de caste et les cadeaux faits aux plus fortunés de notre pays, au détriment de classes populaires appauvries et de classes moyennes elles aussi tirées vers le bas.

 Comment va évoluer, dans les médias, le discours des analystes politiques ? Va-t-il même évoluer ? Souvenons-nous, à cet égard, du chorus de 2005 lorsque quasiment tous les éditorialistes pronostiquaient la victoire du OUI au référendum sur la loi de ratification du Traité de Constitution pour l’Europe. Bel exemple d’aveuglement, pathétique illustration de la déconnection des « élites » avec les attentes du peuple français ! Mais après tout, que ces messieurs soient plus ou moins lucides – et manifestement ils n’en prennent pas le chemin – n’a en définitive guère d’importance tant ils ont perdu de crédit dans l’opinion. Car une seule chose importe, et leur parole dépréciée n’y fera sans doute pas grand chose : que les Français puissent, en rupture avec la mandature en cours, porter en 2012 à la tête de l’État une personne digne de la fonction, respectueuse des Institutions, et à l’écoute de nos concitoyens.

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