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Publié le par tutti 49

Sondages: pour JD Levy (Harris Interactive), le commanditaire doit être transparent

Marianne2 | Jeudi 3 Mars 2011 à 15:01 

Les patrons d'instituts de sondages s'affolent du projet de loi visant à encadrer plus sévèrement le travail d'une profession qui a profité du discrédit des politiques et des journalistes pour conquérir l'espace du débat public. Alors que monte en puissance un lobbying intense contre une réforme jugée «liberticide», notamment animé par le coprésident d'Ipsos Jean-Marc Lech auprès du gouvernement, Jean-Daniel Lévy (Harris Interactive) défend sa profession.


Marianne : Vous criez au scandale parce qu'une proposition de loi — présentée par le sénateur Jean-Pierre Sueur (PS) et Hugues Portelli (UMP) et votée à l'unanimité— s'avise de remettre sondages et sondeurs à leur place, celle d'indicateurs neutres de l'état de l'opinion. Quelle légitimité avez-vous pour revendiquer de continuer à façonner l'opinion ?

 


Jean-Daniel Lévy (JDL): Harris Interactive ne crie pas au scandale. Et nous ne croyons pas que les sondages «façonnent» l’opinion.  Un certain nombre de buts poursuivis par la loi sont appréciables : ceux appelant à une garantie de fiabilité et d’indépendance des sondages et des instituts et ce avec une commission des sondages aux pouvoirs étendus. En revanche, à Harris Interactive, nous ne sommes pas favorables à la publication des données brutes, des marges d’erreur et de l’instauration d’un délai de 24 h 00 entre la fin d’une enquête et sa publication. Si l'on considère que le travail des instituts, notre travail, est contrôlé par des experts connaissant les spécificités de notre métier dans ce cas, ne créons pas de confusions supplémentaires en publiant non seulement les données brutes mais également des marges d'erreur. Chaque sondage doit nécessairement s'accompagner d'une prise de parole de l'institut « accompagnant » les chiffres en fournissant du sens. Instaurer, par ailleurs, un délai de 24 heures entre la fin d'une étude et sa publication rendrait caduc toute enquête « à chaud ». Ce qui serait dommage.
 
La pratique des « redressements » a été dévoyée, dans le passé, au profit d'un ou plusieurs candidats, mais elle est nécessaire. Pourquoi l'exposition de cette technique professionnelle vous gêne-t-elle ?

 


JDL: En parlant de dévoiement on sous-entend manipulation. Nous ne sommes pas opposés à un contrôle, au contraire. La commission des sondages composée de membres du conseil d'État, de la cour de cassation, de la cour des comptes et de personnalités qualifiées en matière de sondages a déjà actuellement en sa possession une notice concernant l’ensemble des données relatives aux enquêtes d’intentions de vote. Celle-ci dresse non seulement un état précis des conditions d’établissement des intentions de vote mais rappelle les conditions méthodologiques de recueil de l’information. Et cette commission peut, de la sorte, contrôler le travail des instituts. Le contrôle du travail des instituts est nécessaire, mais si la loi devait être votée, nous risquerions de créer un débat permanent et stérile, non plus sur les résultats mais sur les méthodes.
 
Si la loi est votée en l'état, les journaux ne pourront plus évoquer un sondage sans stipuler l'identité du commanditaire et de l'acheteur. Pourquoi défendez-vous le droit à la manipulation ?


 JDL: Je ne crois pas que le moindre institut s’oppose à cette disposition. Il est évident que le nom du client mentionné sur la fiche technique doit être celui du commanditaire – et du payeur - de l’enquête.

Une personne « gratifiée » pour répondre à un sondage politique est-elle dans le même état d'esprit qu'un citoyen ?

JDL: L’idéal de démocratie devrait amener les citoyens à participer sans le moindre stimulus. Aujourd’hui, on remarque que certaines catégories de population répondent plus facilement si elles entrevoient une forme de gratification potentielle ou envisageable. L’enjeu est évidemment de faire en sorte que le stimulus ne soit pas l’unique motivation à répondre à une enquête. A Harris Interactive nous avons, après avoir effectué des recherches, opté pour la participation à une sorte de loterie. Il s'agit là de la stimulation ayant le moindre impact social. La probabilité de "gain", reste extrêmement faible. Tant qu’à la fin des questionnaires un nombre conséquent d’interviewés nous remercierons de leur avoir « donné la parole », nous pourrons considérer que « l’appât du gain » n’a pas porté atteinte à la sincérité des réponses.

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