Débats pour la primaire : Aubry et Fabius disent NON !

Publié le par tutti 49

Jeudi 16 juin 2011 4 16 /06 /Juin /2011 20:45

 

 

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Le Conseil politique du PS de mardi a dangereusement penché vers la suppression des débats pendant les primaires qu'il organise. Martine Aubry et ses amis avancent des raisons fallacieuses, Guillaume Garot, représentant Ségolène Royal, s’y oppose, Delphine Batho s’indigne.

« Il serait invraisemblable qu’aucun débat n’ait lieu entre candidats à la primaire ! Barack Obama a participé à 21 débats avant sa désignation par les démocrates, et nous ne pourrions pas en organiser trois ? », martèle la députée des Deux-Sèvres.

 

Delphine Batho
 quid des débat tv ?  a participé à 21 débats TV lors des primaires démocrates, ça ne lui a pas trop mal réussi...

 


Claude Askolovitch, dans Le fait politique du jour sur Europe 1 hier soir, a analysé en connaisseur la question des débats dans les primaires socialistes. Il a livré un éditorial de grande qualité, à écouter et lire (cf ci-dessous).

Avec toutefois quelques bémols.

Premièrement, on ne peut pas dire que « chez Ségolène Royal, la peur se transforme en colère ». Ségolène Royal, comme elle le disait récemment, n’a jamais peur en politique, et elle a démontré à de nombreuses reprises qu’elle savait parfaitement rester digne et maîtresse de ses émotions, comme à La Rochefoucauld, en Charentes, face à Nicolas Sarkozy récemment, et malgré les huées du début, et sous les applaudissements à la fin.

Deuxièmement, si « les socialistes » - quelle généralisation ! - ont peur que, comme chez les écologistes, un « tombereau de boue » tombe régulièrement sur tel ou tel candidat ou candidate, ce ne sera pas du fait de Ségolène Royal, qui répète depuis des mois qu’elle ne se placera pas sur le terrain des « petites phrases », de la politique politicienne, et qui a montré une grande retenue dans l’affaire DSK, et avant, dans les rumeurs sur le train de vie du socialiste. Qui a peur de ne pas pouvoir se contrôler ? Ceux qui n’ont pas toujours montré une grande maîtrise de soi, comme Laurent Fabius ou d’autres, en 2007 ?

Claude Bartholone, soutien de Martine Aubry, minaude : « Il y a peu de différences idéologiques entre les candidats. Du coup, chacun chercherait à se démarquer sur la forme, plus que sur le fond. »

Peu de différences ? Le 20 mai dernier, Ségolène Royal en citait plusieurs sur BFM TV, dont certaines « très importantes » qu’elle avait avec ses deux plus sérieux concurrents socialistes potentiels ou déclarés :

Avec François Hollande, « nous avons des différences politiques très importantes, sur la conception de la gouvernance, sur les priorités qu’il y a à mettre en avant pour redresser le pays, sur le contenu de la réforme fiscale, moi je ne suis pas favorable par exemple à la hausse des impôts que François Hollande recommande, et d’ailleurs en tant que présidente de région je suis la seule à ne pas avoir augmenté les impôts depuis 6 ans ».

« J’ai des différences avec Martine Aubry sur la question de l’immigration, je suis beaucoup plus rigoureuse sur la question de la lutte contre l’immigration notamment de la lutte contre l’immigration clandestine », soulignait la candidate à la primaire socialiste.

Troisièmement, il est faux de dire : « ils auraient un candidat désigné contre un autre à 52% contre 48%, donc pas vraiment légitime »Rappelons les résultats au second tour de la présidentielle des présidents élus depuis 1981, en dehors de la spécificité de 2002 : François Mitterrand en 1981 (51,76%), en 1988 (54,02%), Jacques Chirac en 1995 (52,64%) et Nicolas Sarkozy en 2007 (53,06%). « Pas vraiment légitime », François Miterrand en 1981 ? Chirac en 1995 ? Tout juste légitime, Sarkozy en 2007 ?  Ça s’appelle la démocratie ! Et que dire de l’élection, précisément, de Martine Aubry, qui avec une mosaïque de forces hétéroclites l’a emporté avec 50% + 102 voix (67 451 voix contre 67 349 voix) sur la seule Ségolène Royal ?

Rappelons que les sondages qui actuellement prédisent un score 60/40 de François Hollande ou 58/42 de Martine Aubry contre le très expérimenté homme politique et président sortant Nicolas Sarkozy – 4 à 6 points de mieux que le meilleur score depuis 1981, celui de François Mitterrand en 1988 ! - sont de la pure fiction, et dans le même temps ils prédisent un score de 63/37 du président contre marine Le Pen !

Dans ces conditions, comme le dit à juste titre Claude Askolovitch :

« À l’arrivée, il y aura certainement, a minima, UN débat dans la primaire socialiste, ce sera le débat qui départagera les deux finalistes de l’épreuve, donc logiquement selon les sondages, Hollande-Aubry, on a le temps, il n’est pas sûr que cela satisfasse Ségolène Royal, il n’est pas sûr non plus que cela contente les Français, qui ont envie de politique. » 

Frédérick Moulin

 


 

Retranscription par Militants de l’Espoir À Gauche avec Ségolène Royal / F.M.

Nicolas Poincaré : le fait du jour avec Claude Askolovitch. Bonsoir Claude.

Claude Askolovitch : bonsoir Nicolas.

Nicolas Poincaré : et le fait du jour pour vous, c’est que Ségolène Royal a peur qu’on lui vole la primaire socialiste.

Claude Askolovitch : c’est-à-dire que chez Ségolène Royal, la peur se transforme en colère, hein.

Ségolène Royal est très fâchée parce qu’elle a l’impression que l’appareil du Parti socialiste et Martine Aubry ne veulent pas de confrontation, ne veulent pas de débat pendant les primaires qui désigneront le candidat de la gauche, le candidat du PS pour la présidentielle.

Elle, Ségolène Royal, elle n’arrête pas de faire campagne, elle fait des propositions, encore aujourd’hui sur les PME, les autres parlent beaucoup moins qu’elle, mais elle a l’impression qu’on veut l’étouffer dans l’indifférence, et pourquoi a-t-elle cette impression ? Parce que hier, au Conseil politique du Parti socialiste, c’est une espèce d’instance suprême et consultative, eh bien, ça ne s’est pas très bien passé.

Martine Aubry, et ses soutiens, notamment Laurent Fabius, ont expliqué que quand viendrait le temps de la primaire, mon Dieu, il ne faudrait pas que les socialistes donnent l’impression de se diviser, donc il ne faudrait pas de débat contradictoire, où tous les participants à la primaire, mon Dieu, débattraient, se répondraient les uns aux autres, non surtout pas.


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Claude Askolovitch : "Chaque candidat, chacun à son tour, l’un après l’autre, hein, mais jamais ensemble, vous voyez un peu le tableau que cela ferait"

Dans l’absolu pour Martine Aubry, ce qui serait pas mal, c’est qu’il y ait un pool de journalistes qui interroge chaque candidat, chacun à son tour, l’un après l’autre, hein, mais jamais ensemble, vous voyez un peu le tableau que cela ferait.

Et Laurent Fabius, qui a une certaine forme d’humour, a dit que lui-même, en 2005, quand il menait le camp du « Non » au référendum européen, contre son propre parti, eh bien lui il ne débattait pas physiquement contre des socialistes, ça, c’est l’humour de Laurent Fabius, c’était un peu le camp des : « ne débattons surtout pas ! ».


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Claude Askolovitch : "Ça, c’est l’humour de Laurent Fabius, c’était un peu le camp des : « ne débattons surtout pas ! »"

Et en face, en face, il y avait Manuel Valls, candidat minoritaire, donc qui veut un débat pour exister, il y avait Pierre Moscovici, pré-candidat minoritaire et qui veut un débat pour exister, et il y avait Guillaume Garot, député-maire de Laval, qui représentait Ségolène Royal.

C’est un vrai sujet, hein, cette histoire-là, parce qu’il y a une question de logique : le Parti socialiste est en train de convoquer le peuple, par millions espère-t-il, pour désigner son candidat, mais si ces candidats potentiels ne peuvent pas s’affronter, ça risque de donner l’impression d’un parti qui aurait peur de la politique.


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Claude Askolovitch : "Le Parti socialiste est en train de convoquer le peuple pour désigner son candidat, mais si ces candidats potentiels ne peuvent pas s’affronter, ça risque de donner l’impression d’un parti qui aurait peur de la politique"

Nicolas Poincaré : et donc ce que vous nous dites, Claude, c’est que cette primaire socialiste, ça commence mal.

Claude Askolovitch : très, très mal, parce qu’il y a un paradoxe, hein.

Les socialistes ont choisi les primaires pour trouver un candidat, et peut-être pour se nourrir politiquement. Plus que jamais ils auraient besoin de ces primaires après ce qui est arrivé à Dominique Strauss-Kahn, mais là brusquement, elles leur font peur.

C’est pas toujours des peurs malhonnêtes, hein, les socialistes regardent ce qui se passe entre Eva Joly et Nicolas Hulot, le tombereau de boue qui tombe sur Nicolas Hulot régulièrement, ils n’ont pas envie de ça. Ils ont peur aussi les socialistes qu’à l’arrivée de la primaire, ils auraient un candidat désigné contre un autre à 52% contre 48%, donc pas vraiment légitime.


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Claude Askolovitch : "Il y a aussi autre chose, c’est le réflexe de propriétaire des gens qui tiennent le Secrétariat national et l’appareil, clairement, il y a un réflexe de propriétaire autour des amis de Martine Aubry"

Et puis il y a aussi autre chose qui tient à la culture traditionnelle du PS, qui est plus forte que ses volontés de se renouveler, c’est le réflexe de propriétaire des gens qui tiennent le Secrétariat national et l’appareil, clairement, il y a un réflexe de propriétaire autour des amis de Martine Aubry, ils se disent qu’il n’y a aucune raison de faire exister les autres, et que peut-être quand Martine sera candidate, alors sa légitimité à la tête de la rue de Solférino écrasera tout.

C’est pas sûr. À l’arrivée, à l’arrivée, hein, il y aura certainement, a minima, UN débat dans la primaire socialiste, ce sera le débat qui départagera les deux finalistes de l’épreuve, donc logiquement selon les sondages, Hollande-Aubry, on a le temps, il n’est pas sûr que cela satisfasse Ségolène Royal, il n’est pas sûr non plus que cela contente les Français, qui ont envie de politique.


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Claude Askolovitch : "Il n’est pas sûr non plus que cela contente les Français, qui ont envie de politique"

Nicolas Poincaré : « Il n’est pas sûr… », nous dit Claude Askolovitch. Merci beaucoup, à demain.

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tutti 49 17/06/2011 08:11



Ce sont ces prises de position qui font la division ! M. Aubry, comme le voulait DSK en son temps, souhaite, si elle se présente, être réclamée à grands cris. Elle ne veut pas de débats qui
pourraient faire apparaître son manque de tonus et d'idées. En s'appuyant uniquement sur le projet formaté du PS elle sait qu'elle n'aura pas d'ennemis puisque tous les candidats potentiels l'ont
accepté. Apporter sa touche personnelle serait bien gênant pour elle, il faudait qu'elle explique ses prises de position au risque de méconter !


M. Aubry n'est pas fiable ! N'a-t-elle pas plusieurs fois fait deux pas en avant, trois en arrière (retraites...) ?


Nous devons EXIGER des débats et puis accélérer son départ en tant que 1ère secrétaire du PS si elle se présente. Il n'est pas normal qu'elle soit encore là, elle l'illégitime, alors que les
primaires se préparent !


Que vont dire les autres candidats si les débats sont refusés ? Vont-ils faire un front uni de contestataires ? Quand même Valls et Montebourg devraient adopter la même position que Ségolène
Royal.


Une fois de plus nous ne pouvons que remarquer la main mise d'Aubry et de son clan sur le PS et surtout son manque d'ouverture. Elle (ils) se moque du citoyen, elle veut le faire taire ! Dommage
; elle ne comprend rien.