Crise de l'Euro : pour un vrai débat public

Publié le par tutti 49

Crise de l'Euro : pour un vrai débat public

Laurent Pinsolle - Blogueur associé | Dimanche 12 Juin 2011 à 16:01

La « doxa officielle » interdit qu'on remette en cause l'Euro. Pourtant, Laurent Pinsolle - qui souhaiterait que la monnaie unique fasse l'objet d'un vrai débat public - remarque que Frédéric Lordon et Jacques Sapir ne s'en privent pas.



En Europe, la situation est aujourd’hui extrêmement confuse avec les réserves de l’Allemagne sur le plan pourtant annoncé il y a une semaine. Mais la doxa officielle ne veut pas remettre en cause une monnaie unique que Frédéric Lordon et Jacques Sapir mettent à nouveau en pièces.

L’Union Européenne creuse son tombeau

Lordon montre que la Chine utilise l’euro pour se protéger : « c’est probablement ainsi qu’il faut comprendre les étonnantes interventions du fonds souverains chinois à la rescousse de la Grèce et du Portugal (…) : non pas comme un pur jeu de court terme sur les parités mais comme une stratégie transitionnelle de moyen terme visant à maintenir l’euro dans un statut de pôle monétaire international alternatif destiné à éviter un effet de report massif du dollar vers un renminbi pas encore "mûr" ».

Dans ce texte, il montre aussi que la mise en place de l’EFSF démontre « en actes de la légèreté des arguments qui opposent à toute demande politique populaire la lettre irréfragable des Traités, celle-là même que les gouvernants savent suspendre quand ça les arrange. Puisque la chose est donc avérée possible, n’est-il pas temps de leur faire savoir qu’en matière de règles européennes, il y a une ou deux autres choses qu’il nous arrangerait urgemment de changer ? ».

Prophétique, il affirme que « ce que la souveraineté a fait, elle peut à tout instant le suspendre, et puis le défaire, pour mieux le refaire. Il est assurément préférable de faire, défaire et refaire dans les formes. Mais l’urgence n’en laisse pas toujours le loisir. Au cœur de la crise aigüe de 2001-2002, les Argentins ont défait d’un trait de plume une règle constitutionnelle de politique monétaire dont l’absurdité et la nocivité étaient tout d’un coup devenues patentes ».

La fin de l’euro commence à Athènes

Jacques Sapir est revenu dans une série récente de trois papiers publiés sur Marianne 2 (partie 1, partie 2 et partie 3) sur le probable éclatement de l’euro suite à la crise grecque. L’économiste souligne en effet que l’ajustement budgétaire du pays est impossible. Il l’estime à 15% du PIB, soit une diminution de plus d’un tiers du budget de l’Etat, à mettre en parallèle avec l’ajustement des salaires de 35% calculé par Patrick Artus dans une note récente de Natixis.

Dans son second papier, il revient sur le coût d’une sortie, soulignant que la spéculation sur la dette qui suivrait représente également l’opportunité de racheter avec une forte décote notre dette (en monétisant) et donc de compenser l’effet d’une éventuelle dévaluation. Il souligne la nécessité d’un contrôle des mouvements de capitaux et rappelle que le fort niveau d’épargne de notre pays lui permettrait de se passer du marché international des capitaux.

Il souligne surtout que le coût du maintien dans l’euro est exorbitant en terme de croissance et d’ajustement budgétaire. Dans son troisième papier, il souligne que cet euro impose des politiques qui font détester l’Europe. Il montre que si l’Allemagne réalisé 80% de son excédent commercial avec l’UE, elle n’acceptera pas les 4% de PIB de transfert financier nécessaire au maintien de la zone euro et que notre pays a des contraintes démographiques trop différentes pour partager la même monnaie.


 Pour lui, la seule issue est la transformation de la monnaie unique en monnaie commune car il y a clairement intérêt à continuer à coopérer à l’échelle du continent. Idéalement, Jacques Sapir préconise une sortie coordonnée et progressive, avec monétisation d’une partie des dettes souveraines. Mais il reconnaît qu’il faut également étudier l’option d’une sortie unilatérale. Il cite Lénine pour qui « les faits sont têtus » et conclut en disant « qu’à trop vouloir nier la réalité, elle se venge ».

Même si des progrès se font jour dans le débat public, il est dommage que le débat sérieux sur l’euro soit cantonné à une part restreinte des médias. Le moment de vérité approche et il faudrait pouvoir débattre de la fin de la monnaie unique avant son effondrement…

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